Ce studio de projet se veut être un laboratoire qui confronte à la fois les problèmes et les potentiels, multiples et complexes, du processus de conception d’architecture sans pour autant faire de l’architecture. À cet effet, la notion de la référence architecturale est rejetée afin de pousser à l’extrême et ainsi d’optimiser l’état d’une table rase iconographique privilégiant d'avantage un rapport abouti à la matière et au lieu. Le principe méthodologique est de travailler en continuité non linéaire transformant, en quatre séquences, une première manipulation à différentes échelles. Cette transformation matérielle change perpétuellement le statut de ces éléments (objets, territoire, terrain, projet) témoignant ainsi la complexité de l’univers architectural et, simultanément, faisant appel à la capacité de l’étudiant de transformer la matière première en un espace complexe qui se déduit de la logique intrinsèque de cette matière.
La première séquence consiste à créer avec une feuille de papier et une feuille de carton une maquette qui tient sur un vide d’une profondeur de 60 cm. Learning by doing – sans intention architecturale ou formelle, l’étudiant est invité à trouver la logique intrinsèque des deux matières afin d’en créer un ensemble qui permet, par le dispositif symbiotique, de franchir cette distance et, en même temps, de le séduire par la forme – résultante de cette symbiose.
La deuxième séquence consiste à créer la transition entre ces maquettes constituant ainsi dans leur totalité un territoire. Par une approche d’attaque et de défense, les étudiants doivent établir des stratégies de négociation qui leur permettent de constituer avec leurs maquettes très disparates un grand ensemble. Si la première maquette est à réfléchir et à représenter à l’échelle 1:1, cette deuxième est à l’échelle 1:200. Les divers phénomènes topologiques peuvent alors devenir des caractéristiques topographiques.
La troisième séquence consiste à choisir dans ce grand territoire un terrain. Arpenteur et géologue, l’étudiant doit maintenant comprendre le genius loci, non pas dans un rapport iconologique (puisqu’il n’y pas d’architecture), mais topographique et visuel. Dans la logique de cette topographie et de ces liens visuels qu’il découvre (en rentrant dans ce paysage non pas par la perspective d’un oiseau ou d’un architecte moderniste), l’étudiant commence à nommer, s’approprier et finalement aménager ce territoire.
La quatrième séquence consiste finalement à concevoir un observatoire dans ce site. Il s’agit, encore une fois, de comprendre la logique intrinsèque de cette topographie pour créer cet observatoire tout en répondant à la question : que permet-on au visiteur d’observer ?
Chaque séquence est systématiquement accompagnée par une conceptualisation en diagramme et en schémas, et une représentation de l’avancement en coupe, plan et maquette, affichés et présentés en début de chaque cours. Par conséquent, l’étudiant s’aperçoit que la représentation et la conception sont le même processus, tandis que le changement d’échelle implique des perceptions et des conceptions très diverses. Finalement, ce laboratoire transforme une topologie en une topographie d’un territoire, s’approprie ce territoire pour installer une construction selon le genius loci. L’étudiant prend conscience qu’il a le pouvoir de créer et de transformer le paysage.
Florian Hertweck

Feuilles
Nénuphar géant
Plis géologiques





Maquette du projet d'Ecole Polytechnique de Lausanne,2005, SANAA


"Maritime Youth Centre", PLOT, 2004